L’exposition Décadence

L’idée de la décadence a commencé à se frayer un chemin dans le contexte tchèque depuis les années 1880. Sa première phase était liée à la réévaluation de la vision romantique du monde en fonction de l’actualité de la vie sociale de l’époque. Cette étape est plus communément qualifiée de néoromantisme et, dans les milieux artistiques tchèques, elle est représentée notamment par des personnalités telles que Max Pirner, Hanuš Schwaiger, Beneš Knüpfer, Gabriel Max ou Jakub Schikaneder.

Dans les années 1890, nous pouvons trouver des oeuvres d’art qu’il est possible de rattacher directement au mouvement de la décadence, à travers les artistes comme František Bílek, Karel Hlaváček, mais également Max Švabinský, Alfons Mucha, Jan Preisler ou František Kaván. Le flambeau a été ensuite repris par les artistes de la « deuxième génération des symbolistes ». il s’agit des artistes qui ont émergé dans les milieux artistiques nationaux autour de 1905 ; ces artistes se sont inspirés de façon créative de la décadence de 1890. Ce sont notamment des plasticiens qui se sont ensuite regroupés au sein de l’Association artistique Sursum : František Kobliha, Jan Zrzavý, Josef Váchal ou Jan Konůpek.

Dans ce contexte, l’exposition présente également des oeuvres d’auteurs qui appartenaient à la communauté allemande de Prague et qui ont été directement influencés par la décadence, tels que Hugo Steiner-Prag, Emil Orlik ou Ferdinand Staeger. Par ailleurs, on expose des oeuvres de certains artistes autrichiens qui avaient des liens directs avec les milieux artistiques tchèques : c’est par exemple le cas d‘Alfred Kubin.

Les auteurs de l’exposition ont également prêté attention aux passerelles entre la décadence et les oeuvres de représentants de l’avant-garde précoce, notamment des expressionnistes et des cubistes. Ces liens sont caractéristiques du contexte tchèque, notamment pour une partie de la vie artistique d‘Emil Filla et Bohumil Kubišta qui intégrèrent de façon créative la poétique de la décadence dans la nouvelle forme artistique radicale. Au cours de la période d’avant-guerre, la photographie artistique a commencé à s’imposer davantage, par exemple František Drtikol s’inspirait directement de la décadence.

L’exposition Dans les couleurs maladives – Idée de la décadence et les arts dans les pays tchèques 1880–1914 était le premier projet de cet ordre réalisé chez nous, puisque la décadence fut auparavant présentée uniquement comme un chapitre spécifique au sein de projets d’exposition plus globaux. L’exposition, sous sa forme actuelle, est fondée sur des ensembles thématiques interconnectés, représentant les sujets clés qui se rattachent au concept de la décadence (par exemple l’introspection à travers des auto-portraits, l’image de la mort conçue comme une issue, l’amour et la sexualité etc.). Pour cette raison, l’exposition présente aussi bien des auteurs connus et renommés, que des artistes moins souvent exposés ou méconnus (par exemple Jaroslav Panuška ou Josef Mandl). Les objets exposés proviennent autant des grands musées reconnus (Galerie nationale de Prague, Galerie de la Ville de Prague ou Centre du patrimoine littéraire national), que de plus petits musées ou institutions d’intérêt régional. L’exposition a le mérite de présenter, à côté d’œuvres bien connues, une série de créations inédites.